Sunday, October 29, 2006

Mourir ? Ne plus souffrir ? : Le choix de la fin de vie

Le débat sur l'euthanasie, ou plus exactement, l'abrègement des souffrances d’un malade par un tiers est plus que jamais relancé. A 80 ans, Léonie Crevel, a été condamnée à deux ans de prison avec sursis pour avoir « mis fin aux souffrances » de sa fille de 41 ans handicapée. Jugement clément ou peine sévère ?


Crevel et Humbert : même choix, deux procédés

Le cas Crevel est quelque peu différent de l'affaire Humbert , largement médiatisée en 2004. Dans le deuxième cas, c’est "l' acharnement thérapeutique" qui était mis en cause. Mais lorsqu'on voit aujourd’hui les progrès faits par exemple en matière de cancers, on se demande vraiment où cet acharnement commence-t-il ? A partir de quel seuil la douleur du patient est jugée incurable ? Il y a deux ans, la loi s'était saisie de cette « social issue » à la suite d'une mission parlementaire sur la fin de vie. Une réponse législative politiquement acceptable avait été déterminée : l’autorisation pour le médecin traitant, par une procé­dure médicale collégiale, « de limiter ou d’arrêter un traitement inutile, disproportionné ou n’ayant d’autre objet que la seule pro­longation artificielle de la vie ». Le cas Crevel a peu à voir avec cet acharnement thérapeutique. Le médecin n’est plus en cause mais la personne privée, la décision personnelle du parent.


Au-delà de l’acte

Mais comment Léonie Crevel en est-elle arrivée à étrangler sa fille ? Il faut aller bien au-delà de l’abréviation des souffrances ; au-delà de cet infanticide, différent de l’atrocité du crime de Véronique Courjault. Ici, c’est la société qui se retrouve sur le banc des accusés. Encore aujourd’hui, il existe des personnes très âgées, vivant seules, sans aide particulière, en charge d’enfants malades. Les maux de la société française sont encore là, dans l’actualité quotidienne ; l’épisode de la canicule est loin d’avoir éveiller les esprits à la solidarité, à la compassion, à l’humanité tout court.


L’euthanasie, un débat de société

L'euthanasie est un sujet difficile et sensible mais primordial dans notre société vieillissante et durement touchée par des fléaux comme le cancer ou la maladie d’Alzheimer. L’intervention définitive de la loi pourrait permettre d'éviter que les passions se déchaînent comme c'est le cas en ce moment. Cela rationaliserait aussi cette prise de décision et faciliterait le travail des médecins. Cependant, légiférer sur un tel problème de société s'avère délicat tant les circonstances divergent et les implications sont importantes. Le principal danger étant l’abus à des fins plus criminelles et vénales que compassionnelles. Que faire alors ? L' idéal reste bien évidemment de respecter la décision du malade, et donc de la connaître au préalable. L’inscription des volontés de chacun sur la puce de la carte Vitale est largement préconisée. Cependant, statuer au cas par cas serait une option bien plus consensuelle ; la décision d’euthanasie prenant en compte des considérations qui dépassent largement le matériel et le rationnel.

Sunday, October 22, 2006

Pourquoi deux sondages faits le même jour donnent-ils des intentions de vote contradictoires ?

Quand les sondages se contredisent.....

40 ans après l’avènement des sondages dans la vie politique française, leur fiabilité reste un débat récurrent. Le 13 octobre, la publication de deux sondages contradictoires sur les intentions de vote au Second Tour des prochaines élections présidentielles suscite interrogations et gênes. « Je ne sais pas quoi dire...» dit Frédéric Dabi, directeur du département des études d'opinion à l'Ifop. Son institut vient de créditer dans une étude Ifop-Paris Match Nicolas Sarkozy de 53% des votes contre 48% pour Ségolène Royal alors qu’un sondage TNS Sofres-Le Figaro-RTL-LCI, du même jour, produit un autre scénario : Ségolène Royal est donnée gagnante à 53% contre 47% pour Nicolas Sarkozy.

"L'enseignement est surtout que les enquêtes sur les intentions de vote au second tour sont beaucoup plus fragiles que celles pour le premier tour", estime Frédéric Dabi. L’ « enseignement » est surtout que les sondages réalisés à plusieurs semaines, voire à plusieurs mois de l’échéance électorale sont « fragiles ». En effet, comment peut-on espérer récolter une opinion homogène, cohérente et réelle alors que les débats publics n’ont pas encore eu lieu ou ne sont pas achevés, que la liste des candidats n’est pas encore définitive et que les expériences passées, en l’occurrence le référendum sur la constitution européenne et les élections de 1995 ont démontré que les choix de vote ne se cristallisent que dans les derniers instants de la campagne électorale ?

Mais les enjeux sont ailleurs. En pleines primaires socialistes, prédire soit la victoire de Ségolène Royal ou soit sa défaite, peut avoir des conséquences décisives sur la désignation du candidat socialiste. Pour les militants du PS, il faut gagner ces élections et deux options s’offrent à eux sur les résultats contradictoires de cette journée du 13 Octobre : plébisciter celle qui serait en mesure de remporter les élections face à Nicolas Sarkozy ou se tourner vers les deux autres candidats à l'investiture, Laurent Fabius ou Dominique Strauss Khan qui pourraient avoir plus de chances face au leader de l’UMP.

Cette contradiction met en lumière les manières de faire douteuses des instituts de sondages, « recettes miracle et autres secrets de fabrication » ; ce qui devrait conduire à une plus grande prudence dans l’appréciation des résultats produits par ces enquêtes dans les milieux politique et journalistique. Mais leur omniprésence révèle que les acteurs du « champ politico-journalistique » partagent toujours le même engouement pour cette pratique. Même si les responsables politiques feignent publiquement de ne pas en être dépendants, ils manifestent toujours un intérêt et une croyance dans les sondages, baromètre qui conditionne leur engagement dans la bataille électorale. Quant aux journalistes de la presse écrite, radio, et télé, ils ont trouvé dans les sondages un moyen incontournable d’étoffer leur mise en scène du jeu politique : une course de « petits chevaux ».

Sunday, October 15, 2006

Loi sur le Génocide des Arméniens : colère à Ankara


Génocide arménien : la France légifère, la Turquie en colère



Jeudi 12 Octobre, 106 députés ont voté en première lecture le projet de loi socialiste relatif à la négation du génocide arménien ; cet acte devient un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

La question de la reconnaissance du génocide arménien qui a fait entre 1 200 000 et 1 500 000 victimes est à nouveau l’objet de vives controverses aussi bien dans l’Hexagone qu’en dehors de nos frontières. Réactions violentes à Ankara, manifestations devant l’Ambassade de France, menace de boycott des produits français... En une journée, moins d’un cinquième de la représentation nationale française vient de porter un « coup dur » aux relations franco-turques, pour reprendre les mots du Ministre turc des Affaires Etrangères, Abdullah Gül.

Cette levée de boucliers en Turquie vient s’ajouter à l’indignation de bon nombre d’Historiens, hommes politiques, et juristes. Les premiers s’insurgent contre cette intrusion de la Loi dans l’Histoire. Effectivement, peut-on légiférer sur l’Histoire ? Si c’est le cas, alors pourquoi ce choix, ou est-ce le premier d’une longue liste de lois mémorielles ? Le massacre des Indiens d’Amérique, le « génocide » cambodgien de Pol Pot, ou encore le génocide au Rwanda ; la liste est loin d’être exhaustive. On parle aussi d’enjeu électoral. Faible argument face à la petite communauté arménienne estimée seulement à 500 000 personnes. Coup médiatique, créer l’évènement... Pourquoi pas ? Mais cette loi n’a fait la une du 20h que le jeudi, loin derrière la migraine de Nicolas Sarkozy et l’histoire des bébés congelés. C’est un contre-évènement !!!! Aussi bien à l’Assemblée Nationale où seulement 121 députés étaient présents que sur la scène publique. Cela reste un débat d’intellectuels qui ne passionne guère la masse ; ce qui est loin d’être étonnant. Combien de Français et Françaises seraient capables de placer l’Arménie sur une carte, de citer sa capitale ? Une chose est certaine. Ce texte ne fait pas l’UNANIMITE.

Mais la France a-t-elle vraiment les moyens de donner des leçons de vertus aux autres pays ? De quoi se mêle-t-on, pourrait-on se demander ? On pourrait fustiger l’initiative française mais il fallait bien que quelqu’un fasse le premier pas et donne l’exemple pour atténuer enfin les cicatrices du peuple arménien et entamer un processus de réconciliation européenne voire universelle. Ce sont ces petites choses qui démontrent que ça frémit, qu’il se passe quelque chose, que les gens ont l’ambition d’avancer. Toutes les nations qui ont fait un saut significatif ont dû à un moment donné, faire les ruptures nécessaires, dans la douleur toujours, pour accoucher d’une aube nouvelle, capable de porter les changements indispensables. Face à leur ambition d’intégrer l’Union Européenne, il est temps pour les Turcs de prouver au monde entier leur attachement aux valeurs des droits de l’homme.