Sunday, October 22, 2006

Pourquoi deux sondages faits le même jour donnent-ils des intentions de vote contradictoires ?

Quand les sondages se contredisent.....

40 ans après l’avènement des sondages dans la vie politique française, leur fiabilité reste un débat récurrent. Le 13 octobre, la publication de deux sondages contradictoires sur les intentions de vote au Second Tour des prochaines élections présidentielles suscite interrogations et gênes. « Je ne sais pas quoi dire...» dit Frédéric Dabi, directeur du département des études d'opinion à l'Ifop. Son institut vient de créditer dans une étude Ifop-Paris Match Nicolas Sarkozy de 53% des votes contre 48% pour Ségolène Royal alors qu’un sondage TNS Sofres-Le Figaro-RTL-LCI, du même jour, produit un autre scénario : Ségolène Royal est donnée gagnante à 53% contre 47% pour Nicolas Sarkozy.

"L'enseignement est surtout que les enquêtes sur les intentions de vote au second tour sont beaucoup plus fragiles que celles pour le premier tour", estime Frédéric Dabi. L’ « enseignement » est surtout que les sondages réalisés à plusieurs semaines, voire à plusieurs mois de l’échéance électorale sont « fragiles ». En effet, comment peut-on espérer récolter une opinion homogène, cohérente et réelle alors que les débats publics n’ont pas encore eu lieu ou ne sont pas achevés, que la liste des candidats n’est pas encore définitive et que les expériences passées, en l’occurrence le référendum sur la constitution européenne et les élections de 1995 ont démontré que les choix de vote ne se cristallisent que dans les derniers instants de la campagne électorale ?

Mais les enjeux sont ailleurs. En pleines primaires socialistes, prédire soit la victoire de Ségolène Royal ou soit sa défaite, peut avoir des conséquences décisives sur la désignation du candidat socialiste. Pour les militants du PS, il faut gagner ces élections et deux options s’offrent à eux sur les résultats contradictoires de cette journée du 13 Octobre : plébisciter celle qui serait en mesure de remporter les élections face à Nicolas Sarkozy ou se tourner vers les deux autres candidats à l'investiture, Laurent Fabius ou Dominique Strauss Khan qui pourraient avoir plus de chances face au leader de l’UMP.

Cette contradiction met en lumière les manières de faire douteuses des instituts de sondages, « recettes miracle et autres secrets de fabrication » ; ce qui devrait conduire à une plus grande prudence dans l’appréciation des résultats produits par ces enquêtes dans les milieux politique et journalistique. Mais leur omniprésence révèle que les acteurs du « champ politico-journalistique » partagent toujours le même engouement pour cette pratique. Même si les responsables politiques feignent publiquement de ne pas en être dépendants, ils manifestent toujours un intérêt et une croyance dans les sondages, baromètre qui conditionne leur engagement dans la bataille électorale. Quant aux journalistes de la presse écrite, radio, et télé, ils ont trouvé dans les sondages un moyen incontournable d’étoffer leur mise en scène du jeu politique : une course de « petits chevaux ».

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