Héroïne malgré elle
Anna Politkovskaïa, journaliste russe retrouvée assassinée devant son domicile ! Mama Galledou, jeune étudiante incendiée dans un bus ! La violence contre personne est omniprésente dans nos journaux du mois d’octobre.
Anna est une héroïne. De celles qui ont eu le courage de refuser la complaisance, le courage de raconter les histoires tues. Mama a aussi tout d’une héroïne, certes pas une héroïne politique qui aura sa place dans le Who’s who, mais une héroïne quand même. Sa terrible histoire a hélas tout pour plaire : un mauvais scénario de film noir, une bande de « racailles », une brillante jeune femme plein d’avenir, un bus incendié dans les quartiers Nord de Marseille. De quoi alimenter pour un moment les rubriques du voyeurisme médiatique. Et oui, les faits divers ont la faveur du public ; d’où leur forte présence dans les médias au détriment des questions de fond.
Anna est une héroïne. De celles qui ont eu le courage de refuser la complaisance, le courage de raconter les histoires tues. Mama a aussi tout d’une héroïne, certes pas une héroïne politique qui aura sa place dans le Who’s who, mais une héroïne quand même. Sa terrible histoire a hélas tout pour plaire : un mauvais scénario de film noir, une bande de « racailles », une brillante jeune femme plein d’avenir, un bus incendié dans les quartiers Nord de Marseille. De quoi alimenter pour un moment les rubriques du voyeurisme médiatique. Et oui, les faits divers ont la faveur du public ; d’où leur forte présence dans les médias au détriment des questions de fond.
Ce qui fait de ce fait divers un événement, ce sont ses circonstances. Libération le titrait dans son édition du 29 octobre : « Le bus de trop ». Cet acte criminel rentre dans le florilège des bus incendiés de ces dernières semaines. Il en constitue le dernier palier. Preuve : plus de bus incendiés depuis dimanche !!! La surenchère s’arrête là. Mais quelle surenchère ? De violence certes. Mais plutôt la surenchère médiatique. Ce sont les médias qui, les premiers, ont déclenché cette machine infernale, en parlant d’ « anniversaire ». Et un anniversaire, cela se fête, en respectant la règle du B enflammé. B comme bougie ? Non, B comme bus. Les grands frères ont fait la une des medias du monde entier l’automne dernier. C’est à leur tour de faire la une du JT de Patrick Poivre D’Arvor, d’être cités sur Fox et le summum sur CNN. C’est leur heure de gloire ! Ils sont aussi héros. Héros du feuilleton 2006 du malaise des banlieues françaises mais pas héros malgré eux.
Il faudra s’atteler à la tâche de comprendre comment un groupe de jeunes gens a pu en venir à tant de violence criminelle. La motivation première est donnée par Nicolas Sarkozy : l’absurdité et l’esprit criminel d’une bande de voyous. Dès lors pour le Ministre de l’Intérieur, la question n’est plus seulement de savoir ce qui, dans la société française, se joue autour de ce crime, mais aussi d’entretenir ce stéréotype des jeunes de banlieues. Il y a quelque chose d’angoissant dans l’unanimisme construit autour de cet évènement alors que présomption d’innocence oblige, il faudra que l’enquête en cours s’achève. Il faudrait que l’on ait interrogé chacune des parties dans cette affaire : « présumés » auteurs, témoins et victimes, que les juges saisis livrent leur analyse des faits, que la juridiction compétente les juge, pour que chacun se fasse son opinion.
Tout cela prendra du temps ; de longs mois, tout au moins. Ce qui restera difficile et douloureux, ce sont les blessures de cette jeune femme et de sa famille. Mais cela personne n’en parlera : elle retombera bientôt dans l’anonymat au profit d’un autre fait divers.

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