L'art de se présenter
Comment ? Où ? étaient sur toutes les lèvres. La surprise, on l'attendait. Le téléspectateur, le lecteur de la presse. Tous embarqués dans cette machine médiatique, attendant avec impatience l'Annonce du jeudi 30 Novembre. Nicolas Sarkozy se devait de surprendre!
De Nicolas Sarkozy, icône médiatique et chantre de la “Rupture”, on attendait qu'il crée l'évènement, mais autrement. Une déclaration digne des meilleurs conseillers en communication, dans le faste, le sensationnel, l'inattendu!
Il est vrai que la déclaration de candidature pour la présidentielle est un exercice difficile. Les dorures de Matignon derrière Balladur en 1995 ou encore le fax de Jospin en 2002, resteront dans les annales politiques comme des ratés mémorables. Nicolas Sarkozy n'a pas échappé à cette malédiction. Un tollé ! L'évènement s'est réduit à quelques mots dans la presse régionale “Je suis candidat”. Mais l'évènement existe quand même. Il est là, dans le poids de ces trois mots, dans cette déclaration simple. Sa portée se matérialisera dans une fuite sur le site internet du quotidien Libération à la veille de la publication de l'interview du ministre-candidat. Mais s'agit-il vraiment d'une fuite? N'a t-elle pas été orchestrée par son entourage? L'objectif ? Faire la une du Journal télévisé un jour à l'avance ? Susciter la concurrence dans les medias?
Internet, lui, sort grand vainqueur de cette polémique et se pose en media incontournable, et même premier de la campagne présidentielle : celui des rumeurs, des coups bas, des bugs et des buzz. Nous sommes à un tournant de la culture médiatique française. Un nouveau scénario médiatique est en train de voir le jour. Internet informe. Les medias traditionnels diffusent.
Le poids des sondages, l'évidence de la candidature de Nicolas Sarkozy qui n'y pensait pas “seulement en se rasant”, n'a ainsi rien changé à l'intérêt et à l'engouement pour le rite de la déclaration de candidature. Bien sûr, c'est un peu loupé sur la forme pour Sarkozy mais il y a quand même du positif dans cette annonce. Face à l'investiture de Ségolène Royal et à son voyage au Liban, en Palestine et en Israël, Nicolas Sarkozy a réussi à faire la une de l'actualité.
Jugé moins rassurant que Ségolène Royal par les Français, Nicolas Sarkozy se pose désormais en candidat de la proximité. Face à la candidate socialiste, le Ministre de l'Intérieur semble avoir compris que les méthodes utilisées jusqu'à présent ne sont pas vraiment adaptées à ce contexte. Une nouvelle stratégie s'impose. Elle devra permettre de continuer à assumer la position sur laquelle il a bâti sa réputation et sa popularité tout en défendant cette “rupture tranquille” qu'il entend incarner à l'Elysée.

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