Monday, December 11, 2006

Jugement dernier pour Pinochet

A 91 ans, l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est décédé, en homme libre. Justice est-elle faite?
Il n’en fut rien et il n’en sera jamais rien !

Ainsi, il n’en sera jamais rien pour Augusto Pinochet. Du moins en ce qui concerne la justice des hommes ! Son nom évoque les dix-sept années d’Etat de siège quasi permanent que vécut le Chili. Une dictature, au sens même du terme : une liberté d’expression bâillonnée, une opposition nulle et un lourd bilan, des milliers de morts et de personnes disparues, des centaines de milliers d’arrestations sans motif. Sauvé plusieurs fois de la sentence suprême par des imbroglios politico-judiciaires, le dictateur s’en est allé ce dimanche 10 décembre 2006, sans être jugé pour les crimes commis durant ses années de pouvoir au Chili. La frustration est grande ! Pour ses victimes et familles de victimes de son régime ! Frustrés de ne pas être confrontés à leur bourreau ! Frustrés de ne pas voir Pinochet condamné à la peine capitale ou à la perpétuité par un tribunal ! Mais surtout aujourd’hui c’est le monde qui voit échapper l’opportunité de faire de cet homme l’exemple universel de la fin de l’impunité pour tous les dictateurs du monde, qu’ils soient en fonction ou pas.


Le paradigme Pinochet

Est-il facile de faire payer à un dictateur le prix de ses crimes devant la justice ? Les dictateurs meurent-ils finalement sur leur lit, chez eux, entourés de leurs proches ? Le cas Pinochet est un paradigme, un cas d’école. Depuis 1998, malgré toutes les plaintes déposées contre lui, le dictateur chilien a toujours échappé à la condamnation. Le paraguayen Alfredo Stroessner y a échappé également et le tchadien Hissene Habré, en dépit de l’étendue des crimes qu’il a perpétrés, n’a pas encore été traduit devant une cour de justice. Le procès de Slobodan Milosevic a tourné court par le décès du prévenu. Qu’est-ce-que cela révèle au juste ? Un laxisme des autorités internationales envers ces criminels ? Une législation internationale inefficace ? Des réseaux de personnalités influentes, à savoir politiques, qui veilleraient à leur liberté ? Un phénomène qui dépasse largement le rationnel et le matériel ?


Qui sont donc ces hommes ?

Sont-ils des hommes ordinaires ? Peuvent-ils être soumis aux lois, être jugés comme tout le monde ? Ces grands criminels de l’Histoire resteront une énigme. Il reste que ce sont des êtres d’exception tant par l’horreur de leurs crimes que par leur héroïsation par certains qui iraient même jusqu'à demander un deuil national à leur mort.
En cette journée internationale des droits de l’homme, la mort de Pinochet vient réveiller la rancune de ces populations bafouées par un HOMME et qui n'ont pas toujours la chance d'avoir une intervention, quoique illégitime et contestable, du chevalier blanc américain, venu les délivrer et traquer leur bourreau.

Monday, December 04, 2006

L'art de se présenter

Comment ? Où ? étaient sur toutes les lèvres. La surprise, on l'attendait. Le téléspectateur, le lecteur de la presse. Tous embarqués dans cette machine médiatique, attendant avec impatience l'Annonce du jeudi 30 Novembre. Nicolas Sarkozy se devait de surprendre!

De Nicolas Sarkozy, icône médiatique et chantre de la “Rupture”, on attendait qu'il crée l'évènement, mais autrement. Une déclaration digne des meilleurs conseillers en communication, dans le faste, le sensationnel, l'inattendu!

Il est vrai que la déclaration de candidature pour la présidentielle est un exercice difficile. Les dorures de Matignon derrière Balladur en 1995 ou encore le fax de Jospin en 2002, resteront dans les annales politiques comme des ratés mémorables. Nicolas Sarkozy n'a pas échappé à cette malédiction. Un tollé ! L'évènement s'est réduit à quelques mots dans la presse régionale “Je suis candidat”. Mais l'évènement existe quand même. Il est là, dans le poids de ces trois mots, dans cette déclaration simple. Sa portée se matérialisera dans une fuite sur le site internet du quotidien Libération à la veille de la publication de l'interview du ministre-candidat. Mais s'agit-il vraiment d'une fuite? N'a t-elle pas été orchestrée par son entourage? L'objectif ? Faire la une du Journal télévisé un jour à l'avance ? Susciter la concurrence dans les medias?
Internet, lui, sort grand vainqueur de cette polémique et se pose en media incontournable, et même premier de la campagne présidentielle : celui des rumeurs, des coups bas, des bugs et des buzz. Nous sommes à un tournant de la culture médiatique française. Un nouveau scénario médiatique est en train de voir le jour. Internet informe. Les medias traditionnels diffusent.

Le poids des sondages, l'évidence de la candidature de Nicolas Sarkozy qui n'y pensait pas “seulement en se rasant”, n'a ainsi rien changé à l'intérêt et à l'engouement pour le rite de la déclaration de candidature. Bien sûr, c'est un peu loupé sur la forme pour Sarkozy mais il y a quand même du positif dans cette annonce. Face à l'investiture de Ségolène Royal et à son voyage au Liban, en Palestine et en Israël, Nicolas Sarkozy a réussi à faire la une de l'actualité.

Jugé moins rassurant que Ségolène Royal par les Français, Nicolas Sarkozy se pose désormais en candidat de la proximité. Face à la candidate socialiste, le Ministre de l'Intérieur semble avoir compris que les méthodes utilisées jusqu'à présent ne sont pas vraiment adaptées à ce contexte. Une nouvelle stratégie s'impose. Elle devra permettre de continuer à assumer la position sur laquelle il a bâti sa réputation et sa popularité tout en défendant cette “rupture tranquille” qu'il entend incarner à l'Elysée.